À vous de voir...

, par Yannis

À peine au numéro 4, le rédacteur en chef de ce journal – votre serviteur – est fatigué. Combien d’anathèmes aura-t-on reçu pour ceci pour cela, pour avoir publié Bertrand Renouvin – ce « royaliste », beuh !... –, Serge Quadrupanni – « cette couille molle du terrorisme » –, Kiki « ce type qui se prend pour un artiste » avec ses couleurs « néo-psychédéliques réchauffées » –, la pétition sur le Rwanda – « trop à l’emporte-pièce dessert la cause qu’elle défend... » –, tel ou tel article sur la légalisation du cannabis – « sans intérêt » – telle ou telle image – « macho-porno » –, etc.
Plus le scandale qu’ont suscité ces articles que nous n’avons pas publiés... Tel article – excellent ! – sur les Lautaros condamnés à mort au Chili, tel autre sur les Indiens d’Amazonie sauvagement agressé par Elf Aquitaine, etc., que nous avons eu le mauvais goût de ne pas publier aussitôt que nous les recevions.
Et puis, crime suprême, ces sujets auxquels nous n’avons même pas pensé, ou que nous n’avons pas encore réussi à traiter !
Nombreux sont ceux qui s’accordent à penser que nous ne sommes pas complètement mauvais, mais seulement franchement suspects. Quant à la Yougoslavie, puisque c’est d’elle qu’il est question ici, nous avons reçu les deux lettres ci-dessus qui se concernent deux papiers distincts publiés dans le même numéro de Maintenant (le 2), l’un en pages 2-3, l’autre en page 4. Le rédacteur en chef ne résiste pas pour l’occasion au vertige.
Ciel ! on ne s’était pas rendu compte. Nadia Lemaire, cette jeune journaliste lilloise qui avait été à Tuzla, et voulait parler du phénomène de résistance au partage ethnique qu’elle avait cru rencontrer là-bas, n’était en fait qu’un agent de la CIA infiltré… Merde !
Quant à Robert Chesnais, que je connais depuis près de dix ans, il est un chantre camouflé de la Grande Serbie. Zut !
Je me serais ainsi fait rouler deux fois dans le même numéro, et par deux parties adverses, signe sûrement du « confusionnisme idéologique » qui a été tôt diagnostiqué comme le trait dominant de ce journal par de véritables experts en confusion.
Alors, soyons sérieux un instant : chers amis, vous me faites chier. L’heure des commissaires politiques et passée. Nous n’avons pas cassé le mur de Berlin pour que la gale dont parlait André Hardellet se répande aussitôt et aussi fort parmi nous. Ce n’est pas parce que le bureau politique du PC est déconsidéré que sa fonction symbolique doit être assumée par chacun.
Militarisez les consciences, il en restera toujours quelque chose.
Puisqu’il semble que nous devions exprimer notre « position » dans ce front idéologique de merde, voici un de ces articles non publié jusque-là, qui relatait un événement que ni l’un ni l’autre de nos dénonciateurs d’aujourd’hui n’ont estimé digne d’intérêt à l’époque – aussi bien informés soient-ils – et pour lequel nous avions quelques responsabilités, puisqu’il était organisé par des Éditions Dagorno – encore elles ! –, avec lesquelles nous avons provisoirement peu de divergences…