Édito

Abonnez-vous !

, par Yannis

Est-ce que vous voulez que je vous raconte les délices de la distribution des journaux ? Dans ce pays, nous vivons sous un régime hautement privilégié, conquis héroïquement après-guerre dans la foulée de la Libération – ne pas confondre avec le journal chiraquien portant le même nom –, qui est censé garantir la liberté d’expression par une diffusion égalitaire de l’ensemble des journaux.

De la plus belle théorie à la réalité, il y a toujours quelques écarts. De 1945 à aujourd’hui, ces écarts se sont sensiblement creusés et ce n’est pas fini. Tous rêvent au NMPP [1] comme dans les grands groupes de presse, d’une règle du jeu plus « équitable » pour les puissants : que la presse soit distribuée en fonction de ce qu’elle rapporte, comme dans tous les pays du monde.

Tout ceci pénalise particulièrement les nouveaux journaux. Les expériences atypiques – comme Maintenant – ne sont pas celles qui passent le mieux. Les discours à contre-courant non plus.
Mais ne pleurons pas : le n°1 s’est peu vendu – moins de 10 000 exemplaires pour 100 000 distribués. Le n°2 s’est vendu deux fois plus. Le n°3, on ne sait pas encore, mais ça se présente nettement mieux aussi.

Ainsi, malgré tout, il semblerait que vous soyez nombreux à vous passer le mot qu’un nouveau journal existe et qu’il y a parfois quelque chose à y lire, ce qui change des habitudes. Vous avez dû être nombreux aussi à aller réclamer ce journal chez votre marchand de journaux qui l’a sorti en grognant de dessous son comptoir, mais qui vous l’a vendu quand même. Sinon on n’en vendrait pas.
Et puis, comme vous êtes nombreux à nous réclamer, peu à peu le réseau de vente réagit. Aujourd’hui je recevais la visite d’une charmante madame représentant les Relais H, qui avaient réussi l’exploit de faire 95 % d’invendus au n°1 mais qui en sont à 35 % au n°2. C’est-à-dire que Maintenant a dû être épuisé dans de nombreux kiosques de ce réseau qui appartient directement à Hachette – H pour Hachette – et qui comprend les meilleurs points de vente du territoire : dans les gares, les aéroports et les stations du métro parisien. Tout s’arrange. Peut-être...
Il n’en reste pas moins que le meilleur contrôle démocratique que nous puissions avoir sur l’information, c’est le circuit économique direct : l’abonnement. Du producteur au consommateur. Ainsi, aucune interférence ne semble possible. La Poste n’a pas encore intégré les logiques complexes de la censure que le reste de la société accepte si complaisamment. Il faut dire que les libérateurs de 1945 y avaient prêté une attention toute particulière.

Ainsi, on vous le dit et on vous le répète : abonnez-vous !

D’autant plus que vous pouvez vous désabonner à tout moment. Ce qui s’est déjà produit (snif). Nous venons de recevoir deux lettres de désabonnement qui ont été aussitôt enregistrées. L’une d’elles ne donnait pas d’explication mais promettait une lettre ultérieure. L’autre était déçue d’apprendre, au n°3, que ce journal politique n’était possible que grâce à l’argent de la « pornographie » – comprenez le Minitel rose. Dommage conclut cette ex-lectrice. Mehdi commentait : « Il faudrait savoir ce qu’ils veulent. Jusqu’alors ont nous soupçonnait de n’être pas indépendant, et maintenant qu’on explique pourquoi on l’est, ça ne plaît pas. »

C’est la vie.

Abonner-vous quand même. Sinon, n’oubliez pas d’aller embêter votre marchand de journaux de ma part. Vous verrez, sous des dehors un peu bourrus, ils sont très sympathiques et ne demandent qu’à bien faire. Mais les choses vont tellement mieux en les disant. C’est bien pour ça qu’on fait ce journal, d’ailleurs.

Notes

[1(ajouter la note illisible)