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, par Yannis

Maintenant en vente mercredi sur deux chez tous les marchands de journaux, n’est pas chez tous les marchands de journaux !...
Nombreux sont les lecteurs qui se sont plaints de ne pas l’avoir trouvé dans telle ou telle ville de province, où il aurait pourtant dû se trouver. Abonnez-vous ! C’est plus sûr. Un mercredi sur deux, éventuellement, vous nous oublierez. Recevez Maintenant dans votre boîte aux lettres : c’est à nous de vous rappeler notre existence.

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Et peut-être qu’un jour vous ne nous aimerez plus...
Ce jour-là, vous serez libres d’annuler votre abonnement.
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Certains, par exemple, se sont émus du grand rectangle noir titré « Image censurée » paru sur une demie page dans notre numéro deux. Non parce qu’il y avait eu censure – interne bien sûr – mais en somme parce que nous avions eu la mauvaise pensée de vouloir publier cet image, produit d’un montage photographique de notre ami Kiki représentant Florence Rey sur laquelle se « branlait » l’ensemble de la presse : Paris Match, France-Soir, Libération et... Maintenant. Sous cet image, à gauche, une colonne intitulée : « Pour le droit la dignité des personnes détenues », une publicité gratuite pour le rapport de l’Observatoire international des prisons.
Mais Kiki illustrait là un article, à droite, intitulé « Lettre à Florence », qui, lui, n’avait pas été censuré, et dans lequel Serge Quadruppani étalait certaines complaisances envers l’aventure de la demoiselle, tout en exprimant avec bon sens qu’il lui aurait déconseillé de tels égarements si elle était venue le consulter.
Je ne vous cache pas la giclée d’injures que nous avons reçue (de la part de l’auteur et de ses amis, exprimant paraît-il ce que pensait de nombreux autres), pour avoir osé concevoir de publier une image pareille – dont le contenu était effectivement ironique, sinon critique, à l’égard du texte qu’elle illustrait.
Il faut dire que Kiki, pour illustrer son propos – que « la presse se branlait sur cette pauvre fille », entre autres « parce qu’elle était trop belle » – avait utilisé une image littérale : une photo, tirée d’un film porno de « gang bang », où une fille souriante était assise au milieu de quatre hommes, bittes à l’air... Et Kiki avait masqué les sexe d’hommes avec les logos des quatre journaux susmentionnés. À la place du visage de la fille, on voyait la fameuse photo de Florent Rey, non souriante, elle, avec son regard terrible.
L’image était dure. Cruelle. Peut-être excessive.
Étonnamment vraie. Mais c’était une image de cul. On voyait les seins de la fille. La peau blafarde et rougeâtre des mecs. Et on devinait même une zone brillante sur la poitrine de la fille, qui évoquait irrésistiblement des traces de sperme. C’était une image porno.
Détournée et même « légalisée », puisque les sexes d’hommes n’apparaissaient pas – ni celui de la fille –, mais porno. Entre le blasphème politique et le tabou du porno, ça n’a fait qu’un tour dans la tête de nombre d’entre nous. L’image était forte, peut-être trop. Pour calmer le malaise qui s’exprimait parmi nous, j’ai préféré noircir l’image, la rendre invisible. Ça n’a pas l’air assez réussi. Désolé...

À propos du puritanisme, nous offrons aux cent premiers qui s’abonneront avec ce coupon un autre livre des Éditions Dagorno – encore ! –, Les Associations familiales, combien de divisions ?, dont l’auteur (Frédéric Brunnquell) et l’éditeur (votre serviteur) ont l’honneur et l’avantage d’être poursuivis devant les tribunaux de ce pays par une association opposée à la liberté de l’avortement. Une de ces nombreuses associations que ce livre a le défaut de dénoncer comme étant éventuellement d’extrême droite, ou noyautée par des réseaux d’extrême droite catholique, intégristes, lustigériens, papistes. C’est assez documenté et sérieux. Jamais excessif. Moins excessif en tout cas que ce qu’on peut lire parfois dans nos colonnes, ou dans l’ensemble de la presse quand elle prend la patience de se pencher sur ces phénomènes intéressants. Un livre utile, encore un !