Cinq ans de lutte

, par Yannis

En quelques années, Jacques Gaillot est devenu la bête noire des intégristes catholiques. Ses initiatives en faveur des réfugiés palestiniens ou des étrangers victimes des lois Pasqua, son dialogue avec les homosexuels, ses prises de position en faveur de l’usage du préservatif ou du mariage des prêtres ont catalysé sur lui espoirs et haines.
Ainsi, le 28 septembre 1990, dom Gérard Calvet conduisait une délégation des moines du Barroux au Vatican pour remettre à Jean Paul II un dossier d’accusation contre l’évêque d’Évreux. Peu après, les traditionalistes ralliés à Rome constituaient autour de Pierre Debray-Ritzen une sorte d’observatoire permanent des faits et gestes de Mgr Gaillot. Ils adressaient rapport sur rapport au nonce apostolique en France, Mgr Lorenzo Antonetti, et au préfet de la Congrégation des évêques à Rome, le cardinal Bernardin Gantin. En vain…
Tout au plus obtenaient-ils une réprimande par le cardinal Albert Decourtray et l’interdiction notifiée à l’évêque, par Mgr Jacques Fihey, de s’exprimer sur le service minitel de l’Église, le 36 15 GABRIEL.
En février 1994, Jacques Gaillot franchissait un pas supplémentaire, en accordant une interview pour le numéro hors-série de Maintenant consacré à la censure. Il y défendait la liberté d’expression menacée en France par les intégristes catholiques. Le 10 mars 1994 un dossier diffamatoire été remis par Denis Perier-Daville, président de la fédération des sociétés de journalistes, au président de la Conférence épiscopale de France, Mgr Joseph Duval.
Une campagne étaient entreprise sur les ondes de Radio Courtoisie (proche du FN). Mgr Duval adressait alors une mise en demeure à Jacques Gaillot en prétextant une participation intempestive à l’émission Frou-Frou. Mais Golias magazine d’abord, puis Témoignage chrétien plus tard, constituaient des comités de soutien à l’évêque menacée. Mesurant la résistance, le cardinal Jean-Marie Lustiger conseillait au nonce de temporiser et d’attendre un moment plus favorable. Mais pendant la crise haïtienne, Jacques Gaillot prenait fait et cause pour le père Jean Bertrand Aristide, président de la république démocratiquement élu, contre la junte militaire soutenue par les évêques locaux et le Saint-Siège.
Il franchissait alors la ligne jaune. D’une contestation interne de la doctrine de l’Église, il passait à une dénonciation des crimes politiques de l’État du Vatican. Il était alors convoqué à Rome. Sur le bureau du cardinal Bernardin Gantin il aurait vu un fax de la nonciature à Paris : la tribune libre qu’il avait publiée dans notre précédente édition. Il y déclarait : « J’ai trouvé scandaleux que le Vatican nomme un nonce qui soit un ambassadeur là-bas, après le coup d’État, alors qu’aucun pays n’avait reconnu les putschistes. (...) Les évêques – à l’exception de celui de Jérémie – ont eu, me semble-t-il, une politique coupable vis-à-vis d’Haïti.
Pratiquement, il y a deux Églises là-bas : l’Église du peuple et l’Église hiérarchique. »

Le sort en était jeté.