Humour

, par Yannis

L’EZLN ne se rend pas, il résiste
Au sein du Comité nous avons discuté tout l’après-midi. Nous avons cherché dans les dialectes l’équivalent du verbe « SE RENDRE » et nous ne l’avons pas trouvé. Il est intraduisible en tzotzil et en tzeltal, et personne ne se souvient de son existence en tojolabal ou en chai. Ça fait des heures qu’ils en cherchent des équivalents. Dehors, il pleut et un nuage compagnon vient se coucher auprès de nous. Le vieil Antonio attend que tous se taisent un à un et que seul demeure le multiple tambourinement de la pluie sur le toit de tôle. En silence, le vieil Antonio s’approche de moi, toussant sa tuberculose, et me dit à l’oreille : « Ce mot n’existe pas dans la langue vraie, c’est pour ça que les nôtres ne se rendent jamais et préfèrent mourir, parce que nos morts commandent que les mots qui n’ont pas cours ne soient pas vécus. » Puis il se dirige vers le feu pour effrayer la peur et le froid. Je raconte cela à Ana Marra, elle me regarde tendrement et me rappelle que le vieil Antonio est mort...
L’incertitude des dernières heures de décembre dernier revient. Il fait froid, les gardes se relèvent avec un mot de passe qui est un murmure.
La pluie et la boue éteignent tout, les humains murmurent et l’eau crie. Quelqu’un demande une
cigarette et l’allumette éclaire le visage de la combattante à son poste... un instant seulement... mais on arrive à voir qu’elle sourit... Quelqu’un
arrive, la casquette et le fusil dégoulinants d’eau. « Il y a du café » informe-t-il. Le Comité, comme c’est l’usage sur ces terres, vote pour savoir si l’on boit le café ou si l’on continue à chercher l’équivalent de « SE RENDRE » en langue vraie. Le café l’emporte à l’unanimité.
PERSONNE NE SE REND...
Resterons-nous seuls ?

Manger l’avion
(lettre d’introduction à l’envoi d’un paquet de communiqués)
Messieurs : Voici une série de lettres envoyées par le CCRI-CG de l’EZLN à divers destinataires. J’espère que vous aurez de la place, si ce n’est pour les publier, du moins pour les commenter ou vous assurer de leur arrivée à bon port.
C’est tout pour le moment. Nous attendons patiemment que cet avion qui nous survole soit à court d’essence et tombe. Les avis divergent sur le fait de savoir si, une fois qu’il sera tombé, nous le mangerons cuit ou après première ébullition ! Les plus raffinés recommandent la marinade. Le service sanitaire nous met en garde contre les risques d’indigestion que cause l’excès d’aluminium. De toute façon, le sel est la seule chose dont nous ayons de trop. Vous voulez en goûter un petit bout ? (On dit que l’aluminium se conserve bien.)
lndigestement (ce qui veut dire que pour l’ instant je n’envoie pas de salut, évidemment).
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant Insurgé Marcos.