Deux poids, deux mesures

Que fait la police ?

, par Yannis

Jacques Franquet, directeur de la police judiciaire a commis le 15 décembre dernier un délit en mettant sur écoute deux lignes téléphoniques du Dr Maréchal, il a violé la loi. Il est passible, ainsi que ses nombreux complices, de trois ans de prison.

L’infraction est parfaitement établie et caractérisée. Abus de pouvoir, atteinte à la vie privée, obstruction à la justice : le procureur général de Paris aurait dû lancer des poursuites contre les délinquants à l’instant même où les faits ont été portés à sa connaissance. Il était de son devoir de désigner un juge pour instruire l’affaire. A ce jour, pas un geste n’a été esquissé dans le sens de la justice.
Toute la France est au courant, sauf le procureur général. Des syndicats de magistrats, qui connaissent leur métier, sont indignés. Les journaux reproduisent leurs communiqués en trois lignes, sans prendre le relais. Pas un seul journal n’a bronché. Le premier flic du pays pris la main dans le sac n’est pas poursuivi et tout le monde se tait. Les hommes politiques font silence, les éditorialistes cassent leur plume, les intellectuels se mettent au vert, les télévisions montrent les bouchons routiers.
Il faut savoir que le directeur de la police judiciaire est le numéro un de tout un système par lequel on dissuade les voyous de toutes espèces de se livrer à des entreprises criminelles. L’auteur d’une bêtise sait qu’il aura à faire à lui. Ses yeux, ses oreilles sont partout, ses bâtons sont longs. Grâce à quoi, les personnes et les biens sont supposés vivre dans la plus grande sécurité possible.
L’ensemble du mécanisme ne fonctionne que si les responsables de la machine de répression sont des parangons de vertu, des modèles de morale républicaine, des exemples pour la société toute entière.
Pour être policier, on n’en est pas moins homme. Il peut arriver qu’un fonctionnaire commette des crimes. Dans ce cas, la justice doit être impitoyable. Car il ne menace pas la société par ses seules infractions mais par les coups qu’il porte à la crédibilité de tout le système.
Or, personne ne vient inquiéter Franquet. Après ses méfaits, Pasqua l’a élevé au rang de « préfet en mission spéciale ».
Questions : Comment convaincre un jeune chômeur « tenté » par la délinquance de respecter la loi lorsque le directeur de la PJ peut la violer en parfaite impunité ?
Pourquoi des voleurs de pommes se verraient interdire ce que les dignitaires de la République se permettent ?
En s’abstenant d’ouvrir une instruction contre Franquet et ses complices, le ministre de la Justice et le procureur de la République se rendent coupables de « troubles de l’ordre public. »
Pour couvrir les mauvais coups de leurs amis politiques ou se protéger eux-mêmes de leurs méfaits, Mitterrand, Balladur, Pasqua et les autres ont d’avantage travaillé à la croissance de la criminalité que les chefs de gang les plus mafieux.
Mais Bon Dieu, que fait la police ?

Guy Sitbon