Purge pontificale

Viré !

, par Yannis

Convoqué à Rome, Jacques Gaillot s’y est présenté le 12 janvier, de retour d’un voyage en Haïti. Il a été reçu par le préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal béninois Bernardin Gantin, et par son secretaire, l’évêque argentin, Jorge Maria Mejia. À leurs côtés se trouvait un troisième prélat : le bordelais Jean-Louis Tauran, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, c’est-à-dire ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège. Le numéro trois de l’État du Vatican avait exigé auprès des responsables de l’église catholique la tête de cet évèque trop généreux.
S’appuyant sur un volumineux dossier de police, Bernardin Gantin dressa longuement l’historique des initiatives intempestives de l’évêque d’Évreux. Puis, après ce réquisitoire et sans autre explication, il lui demanda de présenter sa démission. Dans le cas où elle serait présentée spontanément, il serait transféré vers un autre diocèse. En cas de refus, il serait démis d’office et conserverait sa dignité d’évêque titulaire mais sans charge de diocèse. Jacques Gaillot refusa.
Le cardinal Bernardin Gantin l’informa, au nom du pape Jean-Paul II, que sa révocation était effective le lendemain, 13 janvier 1995, à 12 heures. L’audience avait duré environ une heure et demi. La dernière révocation d’un évêque en France datait de 1945 et sanctionnait — à la demande de Charles De Gaulle – une collaboration trop voyante avec l’occupant nazi.